Il y a 50 ans était signé le traité de l’Elysée. Ce traité a marqué notre histoire pour trois raisons : 1) Il marquait la réconciliation après 3 guerres fratricides. 2) Il est le moment de l’avènement du couple franco allemand comme socle de la construction européenne. 3) Il a une dimension symbolique extraordinaire, car les images et les discours du Général De Gaulle et d’Adenauer ont crée une émotion fondatrice chez les témoins de l’époque.

Avant même ce traité, les deux pays portaient déjà la volonté de promouvoir cette réconciliation au travers des jumelages. En France, 2000 jumelages franco allemands existent et 130 dans la région Nord-Pas-de-Calais. Ce traité crée une instance importante qui est l’office franco allemand pour la jeunesse. 8 millions de citoyens de nos pays ont bénéficié de ces échanges. Le but de cette action inscrite dans le traité était de faire entrer l’amitié franco-allemande dans le coeur des citoyens.

La commémoration qui a lieu cette année, nous avons souhaité la vivre dans notre région de plusieurs manières. Le 12 février 2013, nous avons accueilli une exposition « De Gaulle, Adenauer, bâtisseurs d’amitié ». Des rencontres des villes jumelles ont été organisées tout au long de l’année, notamment sous l’égide de Lille Métropole Communauté Urbaine.  Nous avons également poursuivi nos travaux avec la Rhénanie du Nord-Wesphalie pour aboutir à un accord de coopération qui sera signé en 2014. Les programmes d’échanges de jeunes déjà existants ont biensûr été menés comme chaque année dans le cadre du triangle de weimar. Un temps fort, cette année, a lieu autour de la mobilité des jeunes dans le cadre du forum cap sur le monde. Enfin, nous avons lancé un appel à projet pour dynamiser les jumelages entre villes françaises et allemandes. Nous avons retenu 12 projets qui seront présentés le 25 novembre 2013.

J’espère que la commémoration des 50 ans du traité de l’Elysée favorisera l’intensité de la coopération franco allemande. Nos territoires ont des enjeux communs : la transition énergétique, la mobilité et l’insertion des jeunes, etc.

Aujourd’hui, ce n’est plus nos deux peuples qu’il faut réconcilier, mais il faut réconcilier les citoyens avec le projet européen. L’Europe des citoyens, porteuse de progrès et de cohésion sociale et d’espoir pour le reste du monde.

Le Nord-Pas-de-Calais a fondé son développement sur l’international. Région transfrontalière, elle a, depuis le 19ème siècle, était une région capitale économique. Roubaix et Tourcoing était des capitales de négoce de la laine exportant leurs produits dans le monde entier. A cette période, la population de ces villes est rapidement multipliée par 100 et aujourd’hui, 140 nationalités y vivent. Les jumelages avec les villes d’Europe puis d’Afrique du Nord témoignent de cette histoire partagée.

Au 20ème siècle, l’industrie se transforme ou est délocalisée. Les groupes industriels investissent dans de nouveaux secteurs d’activités à l’internationale : VPC, e-commerce, grande distribution, hôtellerie, etc. Vers la fin des années 80, pour réparer les effets de cette désindustrialisation, les politiques locales de développement économique se structurent autour de l’appui à des pôles de compétitivité ou d’excellence. Ces investissements dans le recherche et l’appui à l’implantation d’activités économiques s’articulent avec des projets de redynamisation urbaine et culturelle visant au rayonnement européen et mondial du territoire comme Lille 2004, capitale européenne de la culture, le Louvre-Lens, etc. La coopération décentralisée ou les jumelages jouent un rôle dans cette ouverture du territoire à l’international et peuvent même apporter des opportunités de développement local dans la région Nord-Pas-de-Calais. En effet, ils sont le cadre d’échanges universitaires, scolaires, culturelles (…) qui enrichissent le territoire.

Si on observe les indicateurs macro économiques, on se rend compte de notre dépendance à l’international. Nous sommes la 8ème région touristique de France, et 15% des emplois sur le littoral dépendent du tourisme. En 2012, grâce à la stratégie des pôles de compétitivité, Lille métropole communauté urbaine a connu une augmentation de 20% des implantations d’entreprises, créant 2900 emplois. Nous sommes la 4ème région économique de France, représentant avec Rhône Alpes, Ile de France et PACA – 50% du PIB de la France. Le PIB de notre région dépend à 40% de l’import / export …

Mais l’attractivité a un revers : La vulnérabilité de notre région.

Vulnérabilité écologique et économique, d’abord, la balance commerciale est déficitaire, puisque nous importons plus que nous n’exportons (32 milliards d’exportation, contre 39 milliards d’importations). Et ce déficit est du essentiellement aux importations en énergie. De plus, la désindustrialisation a laissé derrière elle, des friches à dépolluer et une biodiversité exsangue y compris à cause de l’agroalimentaire. Nous concentrons plus de la moitié des sites polluées de France et nous avons le taux le plus bas d’espace boisé.

Vulnérabilité sociale, ensuite. L’attractivité du territoire se concentre sur les grandes métropoles dotées d’infrastructures suffisantes pour accueillir et développer des activités. Le revers de cette réalité est que les inégalités infra-territoriales se creusent. On a donc à l’échelle de la région à faire à des réalités très distinctes. Les grands centres urbains cosmopolites vivent bien ces mutations, les villes moyennes ou périurbaines souffrent davantage des délocalisations. La mondialisation est donc vue par nos concitoyens comme une menace et la tentation du repli sur soi est grande.

Vulnérabilité politique, enfin. L’attractivité est souvent associée à une autre notion celle de la compétitivité. Le but étant de déployer le plus de qualité pour attirer le maximum de richesse sur une territoire. Sans garantie, que ces richesses vont bien bénéficier au développement local pour tous. Ce n’est pas parce que le gâteau est plus gros, que tout le monde aura une part… Si c’était le cas, on pourrait constater une réelle baisse de la précarité et du chômage, là ou les indicateurs économiques sont positifs. Hors les écarts se creusent de plus en plus. Il faut aussi souligner que cette concurrence sur la scène internationale est porteuse de valeurs très négatives. S’il y a un gagnant, il y a forcément des perdants. L’éthique, le commerce équitable, la lutte contre les paradis fiscaux… sont autant d’enjeux de régulation de la mondialisation qui paraissent absolument secondaires face à l’impératif de l’attractivité et de la compétitivité.

L’action internationale des collectivités, si elle veut viser le bien commun, doit donc s’appuyer sur d’autres notions que l’attractivité et la compétitivité. Deux mots sont alors plus adaptés : la présence et la coopération pour un développement durable partagé. Plusieurs manières de faire vivre cette autre vision de l’ouverture du territoire à l’internationale. 1) Mobiliser tous les acteurs dans les programme de coopération : La mobilité des jeunes, les projets de solidarité internationale portés par des associations, les universités, … 2) Avoir un dialogue politique avec ces partenaires pour fonder nos coopérations internationales sur une stratégie partagée : De quelle coopération internationale avons nous besoin au regard des enjeux actuels de notre territoire ? 3) Mener des actions exemplaires pour réconcilier les citoyens et la mondialisation qui peut être un bien fait si elle est régulée et si elle place en son centre l’intérêt général de l’homme et de la planète.

Texte rédigé à l’occasion des assises de la coopération décentralisée organisées par Cités Unies France, les 02 et 03 juillet 2013.

 

 

La rigueur budgétaire conduit à des coupes dans les budgets des politiques nationales et dans les dotations aux collectivités locales. Ces réductions impactent les montants de subventions versées aux associations. Le mouvement des associations citoyennes vise à alerter sur cette situation et à créer les conditions d’une refondation positive du partenariat avec les pouvoirs publics.

Après la Révolution Française, des initiatives très nombreuses ont été prises par des citoyens qui souhaitaient se réunir dans des organisations qui mêlaient activités économiques, solidarités et actions politiques : clubs, coopératives, mutuelles et associations … Sous la IIIème République, l’installation progressive du capitalisme industriel entre en contradiction avec ces autres formes d’organisations de la société. Seules les associations caritatives sont alors tolérées. Les lois sur les syndicats, la coopération, les mutuelles et la loi 1901 sur les associations viendront donner un cadre juridique, consolidant le dialogue social entre les mouvements ouvriers, l’Etat et le monde patronal. Jusqu’à la fin des années 70, les associations sont des espaces d’expérimentations qui font naître de nouvelles politiques publiques et qui sont financés par l’Etat dont elles deviennent partenaires dans l’action publique. La décentralisation a entrainé une implication de plus en plus importante des collectivités locales dans la prise de nouvelles compétences et dans le financement d’initiatives citoyennes portées par des associations. Aujourd’hui, dans une période de recul de l’Etat social, ces partenariats sont remis en question.

Quels constats fait-on aujourd’hui ?

1) Les formes d’engagement ont changé et cette phase de transition fragilise le monde associatif

Jacques ION, dans son ouvrage « La fin des militants » publié dans les années 90, expliquait que l’engagement militant avait considérablement changé de nature en quelques années. L’engagement sacerdotal, à temps plein dans une organisation, a été remplacé par des participations ponctuelles et sporadiques à des opérations militantes. Ce phénomène s’est renforcé avec l’ère du numérique et des réseaux sociaux. La cyber militance a envahi l’espace public. Dans une période récente, pour qu’un sujet soit mis à l’agenda politique, une association organisait des débats ou des manifestations. Aujourd’hui, une action ponctuelle, individuelle ou en petits comités (pétition sur facebook, hapening, etc.) peut susciter le même effet en quelques clics. C’est la question même de l’action collective, dans la durée, à une échelle locale, qui est remise en question par le non renouvellement des militants dans les organisations « historiques ».  Mêmes si 32 millions de Français ont une activité bénévole, les cotisations sont moins importantes.

2) Les politiques menées, depuis 10 ans, créent les conditions d’une marchandisation du monde associatif

En 1986, la France a signé le traité de l’Acte unique européen organisant la libre circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes. Dans son interprétation la plus libérale, l’acte unique conduit la libéralisation des services publics. Deux étapes marquent une détérioration importante du partenariat entre associations et pouvoirs publics. 1) La RGPP réorganise les services publics et la structure des budgets de l’Etat et de ses services déconcentrés. Le dialogue et la lisibilité financière devient un challenge pour certaines associations partenaires des politiques les plus touchées (culture, jeunesse et sports, ruralité). 2) Le 18 janvier 2010, la circulaire Fillon, constitue une étape déterminante du glissement vers la mise en concurrence des associations, sous couvert de mise en conformité avec le droit européen. Elle a depuis été remise en question. Mais l’esprit de cette circulaire continue d’impacter politiquement la culture des pouvoirs publics. Quelle participation des associations à la construction des politiques publiques si elles deviennent des prestataires en répondant à un appel d’offre ?

 3) Depuis 2013, les interventions de l’Etat et des collectivités en direction des associations continuent de régresser avec des conséquences politiques et sociales

Au niveau national, les subventions de l’Etat destinées au monde associatif ont baissé de 30% en 5 ans. Avec une concentration des financements vers les plus grosses associations. Ces baisses ont des conséquences sociales : On estime à 9 000, le nombre d’emplois perdu en 2012 dans le monde associatif. Depuis 2010, c’est 26 000 emplois qui ont été supprimés. Si on se projette dans l’avenir, cette situation sera équivalente en termes de perte d’emploi à la reconversion d’un grand secteur économique. Evidemment les économies d’échelle ne sont pas au rendez vous, puisque le coût des emplois détruits et des disparitions d’associations est plus important que les économies réalisées. Ces baisses ont été compensées par les collectivités locales pour partie. Ainsi, en 2009, des collectivités ont déployé des enveloppes supplémentaires pour soutenir les associations frappées par la suppression de certains programmes d’Etat (par exemple, le conseil régional a accordé 1 millions d’euros supplémentaires à la vie associative). 126 000 personnes travaillent dans le secteur de l’économie solidaire et les associations dans la région Nord-Pas-de-Calais, soit 12% de l’emploi privé. Depuis 2000, c’est 27 000 emplois crées pour 34 000 associations crées. Près de 3000 associations sont créées chaque année. En 2013, malgré les difficultés, l’emploi associatif a cru de 0,5%. Ces chiffres globaux cachent des situations très hétérogènes : Parmi les employeurs, on compte dans la région, 46% d’associations comportant moins de 3 salariés, mais aussi environ 200 associations de plus de 100 salariés. Au niveau national, les 200 associations les plus subventionnées représentent 1% des associations touchent plus de 700 millions d’euros, quand les 90% restantes se partagent 500 millions d’euros.

Que peut-on faire aujourd’hui ?

1) Elargir le débat et réactualiser le « logiciel » sur ce que doit être la place des associations dans la vie publique

Pourquoi réactualiser notre logiciel ? Il serait aisé d’égrainer des lieux communs et des principes généraux sur le rôle essentiel des associations. La crise profonde, que connaissent la démocratie et la société française, nous oblige à aller plus loin. Historiquement, les associations ont été des formes d’organisations alternatives au secteur marchand et aux institutions. Qu’ils s’agissent de rendre des services, d’expérimenter de nouvelles activités économiques et sociales, de lanceurs d’alerte, de contre pouvoirs (…). Elles constituent un espace informel qui nous aide à faire société. Or, aujourd’hui, la France est prise dans des courants contradictoires : 1) Un décrochage profond des citoyens vis-à-vis de l’organisation de la démocratie. Cela se traduit par le vote extrême ou l’abstention. 2) Un Etat social en crise, alors que la France est un des pays où les prélèvements obligatoires sont les plus élevés en pourcentage du PIB, soit 46%. Cette redistribution n’est pourtant pas efficace car les écarts et les inégalités continuent de s’accroitre. En même temps, la demande des associations, à être reconnues et soutenues dans leurs initiatives, n’est pas satisfaite. Alors interpeller pour que le partage des richesses contribue à faire vivre les actions collectives au service de l’intérêt général ? C’est aussi se demander comment faire pour refonder le contrat social afin que la marche vers la réduction des inégalités reprenne ? C’est, surtout, se demander, à l’heure des nouvelles formes de militance, comment refonder le contrat politique avec les citoyens et les organisations autonomes qu’il crée pour agir dans l’espace public?

2) Refonder le contrat politique avec les citoyens mobilisés

Les écologistes ont toujours été attachés à une réforme profonde de la démocratie. La VIème République, la décentralisation, la démocratie participative, la mixité dans le monde politique (…) sont des principes revendiqués. Dans l’ensemble de ces principes, la volonté est la même : démocratiser la politique et le processus de construction des politiques publiques.

Partant du diagnostic que les problèmes, que rencontre le Monde depuis la fin du XXème siècle, sont de nature inédite, les écologistes ont la conviction que leurs résolutions passent par nouvelles méthodes d’intervention publique à toutes les échelles. Le processus classique de la construction d’une intervention publique est souvent le même. Souvent on conçoit l’action publique en s’appuyant sur de la littérature grise, technique ou scientifique, puis on la met en œuvre. Comme la culture de l’évaluation et la planification stratégique n’est pas encore totalement intégrée, on y agrège, plus tard, un autre mode d’intervention publique visant à innover tout en corrigeant les effets induits ou les zones d’ombres laissées par le premier.

Prenons un exemple concret : Nous soutenons une agriculture via la politique agricole commune, qui représente 46% du budget de l’Europe. Cette politique représente 55,5 milliards d’euros, dont l’objectif initial était la modernisation des structures agricoles en Europe. Aujourd’hui, on accompagne un modèle de production alimentaire destructeur de l’environnement, réduisant à la pauvreté les petits exploitants au nord comme au sud, ayant un coût sur la santé publique énorme, etc. Dans notre région, 350 000 personnes sont bénéficiaires de l’aide alimentaire. Des ateurs associatifs se mobilisent pour pallier à l’urgence, pour dénoncer l’industrie agro alimentaire ou pour construire une gouvernance alimentaire durable.

 Quels enseignements tirer de cet exemple ? Il ne s’agit pas de redéployer de nouveaux moyens pour soutenir un nouveau modèle agricole mais il faut changer la répartition actuelle pour qu’elle appuie les initiatives porteuses de solutions. Il ne s’agit pas non plus de se contenter, pour se donner bonne conscience, de soutenir à la marge ces initiatives citoyennes de solidarité, de santé ou de consommation responsable, afin qu’elles pallient aux conséquences désastreuses de notre modèle alimentaire. Il s’agit de faire des contrats politiques pour construire des alternatives tout en agissant sur les causes du problème. Un des principales écueils de l’action publique, c’est que dans sa mise en œuvre, par l’effet bureaucratique et parfois celui des lobbys, elle s’éloigne de sa finalité politique initiale. Dans le cas présent, que le but premier de l’agriculture à savoir se nourrir a été dévoyé pour ne devenir qu’un enjeu industriel et économique. Pour éviter cet écueil, il faut construire et faire vivre les politiques publiques avec la société civile organisée (associations, syndicats, chercheurs, etc.). Des expériences existent, souvent portées par les associations elles-mêmes pour créer des nouveaux modes de coopérations entre ces univers.

3) Continuer à améliorer le partenariat avec les associations : Pour un contrat politique renouvelé

Pour améliorer le partenariat entre associations et pouvoirs publics, nous considérons qu’il faut que :

–          Les politiques publiques doivent être mises en débat avec les partenaires mobilisés, en premier lieu desquels, les associations. Cette mise en débat doit porter sur les fondements comme sur les modalités de mise en œuvre de ces politiques publiques.

–          En dehors des cadres déterminés, les associations doivent avoir le droit à l’expérimentation.

–          La qualité du partenariat dépend aussi du mode de contractualisation : le maintien du mode « subventions », le rejet de la mise en concurrence des associations, la simplification administrative grâce à la reconnaissance dans la loi « économie sociale et solidaire » de la subvention ou encore des démarches comme les chartes d’engagement réciproque.

–          Savoir sortir d’une politique de soutien à la vie associative sédimentaire ou affective. Qui peut, avec le temps, devenir un agrégat de propositions citoyennes, parfois obsolètes ou sans finalité politique partagée. La coopération entre associations mais également avec d’autres acteurs (chercheurs, entrepreneurs, etc.) est un levier pour renouveler certains projets.

–          Il y a une alliance à créer entre organisations citoyennes et pouvoirs publics volontaires pour refonder des politiques publiques exemplaires reprenant les principes d’actions énumérées ci-dessus. Au moment où la rigueur budgétaire frappe tous les secteurs de l’action publique, il faut montrer la manière dont associations, pouvoirs publics, par leur alliance, constituent les maillons forts de la mobilisation des citoyens dans la construction de solutions face à la crise.

A Roubaix, la décision a été prise de mettre en œuvre, dès cette année, la réforme des rythmes scolaires. Lundi, Mardi, Jeudi et Vendredi, les enfants sont scolarisés jusque 15h15. Ensuite, ceux dont les deux parents travaillent, participent à des activités périscolaires. Les autres rentrent chez eux. Une fois par semaine, tous peuvent participer à un club (danse, sports, jeux de société, …)

L’objectif de la réforme des rythmes scolaires était de favoriser la réussite éducative et l’apprentissage des enfants en répondant à deux enjeux : 1) être mieux en phase avec les rythmes biologiques de l’enfant, 2) lui permettre de s’ouvrir à d’autres horizons grâce aux activités périscolaires.

Pour le premier enjeu : A priori, c’est vrai, c’est positif, les horaires sont mieux adaptées. Ceci dit, pour les enfants qui ne mangent pas à la cantine et ne vont pas à la périscolaire, le temps scolaire de l’après midi oblige à des allers retours entre la maison et l’école sur un temps réduit. Par ailleurs, les chronobiologistes disent que  que ce qui fatiguent le plus les enfants, c’est le fait de s’ennuyer ou de ne pas s’épanouir à l’école.

Pour le second enjeu : C’est vrai que cette ouverture à des activités sportives et culturelles est positive. Des clubs ont été mis en place en partenariat avec des acteurs de la ville. Sur cela, rien à dire. En revanche, on peut se demander quel contenu d’éveil va être proposer dans les autres temps périscolaires ? En effet, les enfants n’ont accès à aux clubs qu’une seule fois par semaine.

Mais quelque soit le contenu de ces activités périscolaires (hors club), il y a une rupture d’égalité puisque seuls les enfants dont les parents travaillent y ont accès. Avant quand on emmenait son enfant à l’école publique, trois principes bien connues s’appliquaient d’emblée : 1- La laïcité, 2- L’égalité, 3- La gratuité. C’est un pacte historique. Rappelons nous que pour promouvoir l’égalité, on n’est allé jusqu’à faire porter les uniformes aux enfants. Si on dit : il y a les enfants de salariés et les autres … ce pacte est rompu.

Cette rupture est encore plus grave dans une ville comme Roubaix. On le sait, car les inégalités n’héritent. C’est à dire que nous ne disposons pas des mêmes chances de réussite scolaire selon que l’on vient d’un milieu socio-professionnel ou d’un autre. Aussi, aujourd’hui encore, réussir sa scolarité jusqu’à l’Université par exemple, est réservé majoritairement aux enfants des catégories sociales les plus aisées ou des professions « intellectuelles ».

Vous avez donc des enfants dont les parents ne travaillent pas, qui ont moins de chance de réussite, c’est statistique. Et pour lutte contre l’échec scolaire, vous les différenciez, avec deux catégories, ce qui partent à 15h et les autres. Vous offrez à ce dont les parents travaillent et qui ont le moins de difficultés sociales, des activités périscolaires. Et pour les autres, le droit de rentrer chez eux. Et vous pensez que cela, va dans l’esprit de la réforme, à savoir réduire les inégalités scolaires …

Je ne le pense pas. Je pense que c’est même l’inverse.

C’est vrai que le surcout de la réforme, plus de 3 millions d’euros pour la ville, a conduit à faire des choix. Principe de réalité.

Mais dans un pays dont l’ascenceur social est en panne, dans une ville qui compte le taux record de jeunes qui sortent sans diplôme de l’école, a-t-on le droit de proposer une organisation scolaire qui va aggraver les inégalités ?

Est-il difficile d’imaginer que cette différenciation des enfants de 15h et les autres soient perceptibles par les enfants eux – mêmes ? Si j’étais scolarisée aujourd’hui, je serais un enfant de 15h … et je n’aurais pas aimé.

Ne doit-on pas demander des crédits supplémentaires ? Ne peut-on pas optimiser le partenariat avec les associations culturelles et sportives pour qu’elles se mobilisent encore plus pour offrir à tous les enfants l’éveil dont ils ont besoin pour réussir leur scolarité et leur vie ?

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Roubaix, Jeudi 26 septembre, 21h. A l’entrée du camp. Il y a 150 personnes qui entourent une poignée de militants. Au moins 50 enfants, qui doivent aller à l’école demain matin. Mais demain matin à 7h, le camp sera évacué. Nous envisageons toutes les solutions. Un avocat a été mobilisé pour faire suspendre l’avis d’expulsion. Le repérage de nouveaux terrains est fait. Il y en a un, à Wattrelos. Le soir, autour du feu, certains décident de partir vite vers le terrain de Wattrelos. D’autres de rester, dans l’espoir qu’on leur propose une solution de relogement pendant l’expulsion.
 
Roubaix, Vendredi 27 septembre, 6h. Nous attendons, nous sommes 5 militants et dix familles, la nuit a été courte. Vers 7h, les forces de police arrivent. Les caravanes motorisées quittent le camp. Les autres sont tractées à mains nues ou avec des chariots de supermarchés sur la voie publique pour être remorquées vers la fourrière.
 
Il est 8h, l’association chargée du relogement arrive et  nous informe qu’une seule famille sera relogée dans une autre ville, à 40km. Une autre ira à l’hôtel, une semaine. Les 8 autres familles attendent, questionnent sur le relogement et l’école pour les enfants. Au même moment, les policiers sont sur le camp de Wattrelos, l’évacuation a commencé également. Au total, 30 familles sont dans la rue. Les riverains nous interpellent. Où vont-elles aller ? La compassion immense tranche avec l’hostilité qui s’était installée ces derniers mois. Des familles se réfugient dans les locaux d’une association, bien nommée La Solidarité. Elles n’ont plus de caravanes et donc nulle part où dormir. 2 familles y seront hébergées pour la nuit, Les autres dormiront dehors ou dans les locaux d’un médecin généraliste.
 
Il est 17h, les militants cherchent des moyens pour récupérer les caravanes non motorisées car aucune autre solution n’a été trouvée pour la nuit. Mais ou les mettre une fois sorti de la fourrière ?
 
Il est 20h. On commence aussi à organiser les collectes de vêtements et de nourritures. Les familles n’ont plus rien.
 
Roubaix, samedi 28 septembre, 11h. De nombreux militants se retrouvent pour faire un point de la situation. Deux autres camps seront évacués la semaine prochaine. 150 personnes à Croix, 100 personnes à Roubaix.
 
Tout le monde semble avoir renoncé à mettre en œuvre la circulaire du 26 aout 2012. Quelques maires prennent l’initiative d’accompagner des familles Roms dans leur relogement. Ils ont trouvé sur leur commune un ou deux logements sociaux vacants. Les élections municipales approchant, le temps manque pour construire des solutions soutenues par les financements européens.
 
Il n’est plus question, désormais, de refaire le débat de l’élargissement de l’Europe. Nous devons simplement agir. Des enfants sont privés d’école après plusieurs années de scolarité et leurs parents, simplement, jetés à la rue. Les expulsions doivent cesser immédiatement car elles ne seront jamais une solution.
 

 

 
 
 
 
 

Depuis 2006, le Conseil Régional Nord-Pas-de-Calais s’est engagé dans une coopération avec la Région d’Analanjirofo à Madagascar. Depuis 2009, Madagascar connait une période de grande instabilité politique. Un gouvernement de transition est en place et doit organiser des élections. Ce pays, qui est l’un des plus pauvres du monde, subit les conséquences graves de cette situation. De nombreux bailleurs et partenaires ont fait le choix de réduire ou supprimer leurs interventions d’aide au développement.

La Région Nord-Pas-de-Calais, comme l’ensemble des régions françaises engagées à Madagascar a poursuivi ces projets. Après 2 ans de mandat, j’ai décidé de me rendre sur place pour rencontrer nos partenaires et continuer à préparer l’avenir de  notre coopération.

J’étais en mission avec Françoise Dal (conseillère régionale, Mrc) et j’ai découvert un pays, une région où la richesse humaine et celle de la biodiversité cohabitent avec la plus grande détresse et pauvreté. Avec Analanjirofo, nous menons des projets de lutte contre la malnutrition Nutrimad avec le Gref, des projets de lutte contre le désenclavement par les Ntic grâce à la fondation Telma et Hetsika (son chef de projet Philippe Onof), des projets de développement local et de préservation de la biodiversité avec l’ONG Atongil (Thorel Alexis) et le Madagascar National Park avec son directeur Hadja, des projets de gestion de l’eau avec les micro-barrages des jeunes en insertion de l’ABEJ, des constructions de salles de classes, des jumelages de Lycées de nos régions, …

J’ai découvert une cohésion incroyable entre les ONG françaises, malgaches, les institutions régionales autour d’un objectif commun : faire de la coopération une réussite pour développer la région.

Je mets quelques photos qui montrent les paysages  mais aussi les différentes rencontres avec les élus et acteurs locaux. Nous avons rencontré le 1er ministre, le vice premier ministre chargé de l’aménagement du territoire, le ministre du tourisme … et par le hasard de nos déplacements, la ministre des mines et la ministre de la justice.

Avec le chef de région, Michel Saina, nous prévoyons de multiplier les échanges entre les lycéens de nos régions, de poursuivre notre action pour l’accès à la santé, pour la préservation de la biodiversité au service du développement et de la lutte contre la pauvreté.

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Dans deux jours, c’est le cinquantième anniversaire des accords d’Evian. Accords signés entre le Front de Libération Nationale Algérien (FLN) et les autorités françaises.

Cet accord mettait fin à huit années de guerre et des dizaines d’années d’insurrection clandestine.

Il devait marquer le début de l’émancipation, la liberté et la démocratie pour l’Algérie.

Mon Grand Père était membre actif du FLN, il a été emprisonné. Enchainé, pour avoir voulu être libre.

Il y a 50 ans, il fêtait, sans doute, la fin de la colonisation.

En France, en 2012, 50 ans après, le gouvernement actuel a choisi de ne pas fêter cet évènement.

Depuis quelques heures, je sais que le ministère de l’intérieur a choisi de fêter cet évènement à sa manière.

Et je vais vous dire ce qu’est la fête de l’indépendance, de la liberté, des accords de paix pour Claude Guéant.

Ce qu’est la fête de l’indépendance pour Claude Guéant, c’est ce que mon amie Kahina m’a raconté, il y a quelques heures.

Elle a assisté, cet après midi, à l’expulsion sur un vol commercial Air France d’un algérien.

Il était menotté, bâillonné jusqu’à l’étouffement, entouré de 15 CRS. Expulsé, privé de liberté, violenté.

Les voyageurs ont protesté, certains ont pleuré… La plupart se rendait à Alger pour fêter justement l’indépendance.

Je pense à mon amie dans cet avion. Elle a du imaginer la vie de ce voyageur entravé. Les enfants et la compagne qu’il a peut être laissé en France. L’humiliation des arrestations, la peur et la rétention.

Elle a du se dire et je me dis, que si ces étoiles européennes n’éclairaient pas nos papiers d’identité, çà pourrait être nous, dans cet avion.

Alors le silence sur les 50 ans de l’indépendance me semble encore plus clair aujourd’hui.

La privation de liberté, les brimades, les emprisonnements continuent sous d’autres formes.

Mon amie a du comprendre comme moi, que si on ne fêtait pas l’indépendance et la liberté en France, c’est qu’on n’avait pas pleinement tiré les leçons de l’histoire.

Que la guerre aux femmes et aux hommes, qui veulent être libres, n’est pas, tout à fait, finie.