De l’attractivité internationale au développement durable partagée …

Le Nord-Pas-de-Calais a fondé son développement sur l’international. Région transfrontalière, elle a, depuis le 19ème siècle, était une région capitale économique. Roubaix et Tourcoing était des capitales de négoce de la laine exportant leurs produits dans le monde entier. A cette période, la population de ces villes est rapidement multipliée par 100 et aujourd’hui, 140 nationalités y vivent. Les jumelages avec les villes d’Europe puis d’Afrique du Nord témoignent de cette histoire partagée.

Au 20ème siècle, l’industrie se transforme ou est délocalisée. Les groupes industriels investissent dans de nouveaux secteurs d’activités à l’internationale : VPC, e-commerce, grande distribution, hôtellerie, etc. Vers la fin des années 80, pour réparer les effets de cette désindustrialisation, les politiques locales de développement économique se structurent autour de l’appui à des pôles de compétitivité ou d’excellence. Ces investissements dans le recherche et l’appui à l’implantation d’activités économiques s’articulent avec des projets de redynamisation urbaine et culturelle visant au rayonnement européen et mondial du territoire comme Lille 2004, capitale européenne de la culture, le Louvre-Lens, etc. La coopération décentralisée ou les jumelages jouent un rôle dans cette ouverture du territoire à l’international et peuvent même apporter des opportunités de développement local dans la région Nord-Pas-de-Calais. En effet, ils sont le cadre d’échanges universitaires, scolaires, culturelles (…) qui enrichissent le territoire.

Si on observe les indicateurs macro économiques, on se rend compte de notre dépendance à l’international. Nous sommes la 8ème région touristique de France, et 15% des emplois sur le littoral dépendent du tourisme. En 2012, grâce à la stratégie des pôles de compétitivité, Lille métropole communauté urbaine a connu une augmentation de 20% des implantations d’entreprises, créant 2900 emplois. Nous sommes la 4ème région économique de France, représentant avec Rhône Alpes, Ile de France et PACA – 50% du PIB de la France. Le PIB de notre région dépend à 40% de l’import / export …

Mais l’attractivité a un revers : La vulnérabilité de notre région.

Vulnérabilité écologique et économique, d’abord, la balance commerciale est déficitaire, puisque nous importons plus que nous n’exportons (32 milliards d’exportation, contre 39 milliards d’importations). Et ce déficit est du essentiellement aux importations en énergie. De plus, la désindustrialisation a laissé derrière elle, des friches à dépolluer et une biodiversité exsangue y compris à cause de l’agroalimentaire. Nous concentrons plus de la moitié des sites polluées de France et nous avons le taux le plus bas d’espace boisé.

Vulnérabilité sociale, ensuite. L’attractivité du territoire se concentre sur les grandes métropoles dotées d’infrastructures suffisantes pour accueillir et développer des activités. Le revers de cette réalité est que les inégalités infra-territoriales se creusent. On a donc à l’échelle de la région à faire à des réalités très distinctes. Les grands centres urbains cosmopolites vivent bien ces mutations, les villes moyennes ou périurbaines souffrent davantage des délocalisations. La mondialisation est donc vue par nos concitoyens comme une menace et la tentation du repli sur soi est grande.

Vulnérabilité politique, enfin. L’attractivité est souvent associée à une autre notion celle de la compétitivité. Le but étant de déployer le plus de qualité pour attirer le maximum de richesse sur une territoire. Sans garantie, que ces richesses vont bien bénéficier au développement local pour tous. Ce n’est pas parce que le gâteau est plus gros, que tout le monde aura une part… Si c’était le cas, on pourrait constater une réelle baisse de la précarité et du chômage, là ou les indicateurs économiques sont positifs. Hors les écarts se creusent de plus en plus. Il faut aussi souligner que cette concurrence sur la scène internationale est porteuse de valeurs très négatives. S’il y a un gagnant, il y a forcément des perdants. L’éthique, le commerce équitable, la lutte contre les paradis fiscaux… sont autant d’enjeux de régulation de la mondialisation qui paraissent absolument secondaires face à l’impératif de l’attractivité et de la compétitivité.

L’action internationale des collectivités, si elle veut viser le bien commun, doit donc s’appuyer sur d’autres notions que l’attractivité et la compétitivité. Deux mots sont alors plus adaptés : la présence et la coopération pour un développement durable partagé. Plusieurs manières de faire vivre cette autre vision de l’ouverture du territoire à l’internationale. 1) Mobiliser tous les acteurs dans les programme de coopération : La mobilité des jeunes, les projets de solidarité internationale portés par des associations, les universités, … 2) Avoir un dialogue politique avec ces partenaires pour fonder nos coopérations internationales sur une stratégie partagée : De quelle coopération internationale avons nous besoin au regard des enjeux actuels de notre territoire ? 3) Mener des actions exemplaires pour réconcilier les citoyens et la mondialisation qui peut être un bien fait si elle est régulée et si elle place en son centre l’intérêt général de l’homme et de la planète.

Texte rédigé à l’occasion des assises de la coopération décentralisée organisées par Cités Unies France, les 02 et 03 juillet 2013.

 

 

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